L’été américain

On ne dira jamais assez l’influence du  ciel sur la condition physique et mentale de l’humain : non, je ne fais pas de prosélytisme, je vous parle là du ciel bleu ou gris, ensoleillé ou nuageux, bref le ciel de tous les jours et de tout un chacun dans cette partie nord des States. L’autre ciel, que la mode depuis plusieurs décennies a mis au dédain sans parvenir à le jeter aux oubliettes, vous verrez bien, si pas aveugles après la mort. Ce n’est ni mon sujet, ni mes oignons.

 Pour le ciel de ce matin, donc, il s’agit de celui qui se tend au desus de nos têtes, bleu léger et tendre dans la splendeur de ce jour d’été. Il  suffit de le regarder pour se sentir vivre. Et c’est un bonheur à la portée de tout le monde. Gratuit, qui plus est.

 Depuis hier, nous sommes entrés dans le vrai, le bon, le bel été. Il fait chaud sans que ce soit canicule. Il fait frais sans que ce soit  froidure ;  il fait beau, et c’est une symphonie de couleurs, de cris d’oiseaux, de chants : même les voitures sont emplies de chansons. Passé le 4 juillet, l’Amérique relaxe, bras en jambes nues, peaux bronzées malgré les interdictions  médicales, et têtes nues, seul moment de l’année où même les ados abandonnent leur sacro-saintes casquettes de baseball. C’est le moment où je plains le plus ceux qui par timidité, atavisme ou tradition ne montrent que le bout de leurs lunettes noires. C’est le moment où 99 pour 100 de la population américaine se rit des sombres prédictions distillées au fil des heures sur toutes les chaines pour nous empêcher de jouir en paix du beau temps, et expose bravement aux rayons  de toutes sortes, leur peau en larges surfaces (sous les crèmes adéquates, ne pas exagérer quand même). Faut dire aussi qu’à partir du 4 juillet, plus personne ne regarde le petit écran.  D’une pierre deux coups, il y a de l’humour dans les décisions divines.

 C’est l’été, on bulle, on déambule, on circule, et aussi on bouge, on vélo, on court, on danse. On trouve tout un tas de choses à faire, on peint les volets, on refait le jardin, on découvre des petites rues sympathiques. Certains vont en bateaux, d’autres à pied. Les chiens ne sont plus hargneux, ils jappent de plaisir. Les écureuils gambadent, des oiseaux inconnus s‘aventurent dans les massifs. Soudain, les fleurs décident de se faire belles,  elles débordent des gros pots, flamboient de l’aube au couchant, se rient des papillons. L’œil ne sait plus où donner des paupières : on voudrait tout voir jusqu’à en perdre le nord.

 Nous sommes les privilégiés du continent américain, préservés des pollutions massives, et encore libres, si bon nous semble, de  profiter largement de l’air, du soleil, et du ciel bleu. Le premier et absolu droit de l’humain dans toute sa force.

 Le point noir, à l’horizon de ce beau matin, c’est de penser qu’il existe, quelque part sur notre planète, quelque part aux antipodes de notre continent, un monde où l’été n’existe plus. Où, s’il existe encore, la moitié des habitants n’ont pas le droit de le vivre pleinement.

 Le ciel se couvre.

  1. Merci, tu es toujours tellement encourageante ! tu sais à quel point j’aime ce pays, et chaque jour un peu plus. Mais on ne peut pas vivre la tête dans le sable non plus. So, eyes wide open, quand on regarde au loin, on frissonne d’angoisse et on se dit qu’on ne fait pas la moitié du quart d’un huitième de ce que nous devrions faire

    Ou alors c’est que la planète est en train de retrécir ?

  2. c’est parce que cette année nous avons un été presque idéal, du moins, ici, up-north. Habituellement nous allons de tornades en orages en canicules indécentes et on se bourre de boissons glacées en essayant de survivre.
    Cette année, nous vivons un vrai été, tu peux croire que j’en profite au max. Mais pas de plage, pour nous cette année, one ne peut tout avoir.
    Labor Day dans un peu moins que 2 mois. 😦

  3. Moi je me moque un peu des saisons sans doute parce que j’ai la chance de vivre dans la « Californie » française : le Languedoc où le soleil se montre généreux quasiment toute l’année. Mais votre plume sait donner corps à cette libération « solaire » !

  4. Lise

    J’avoue que l’Amérique vue par le bonheur de ton regard me fait rêver et ce paragraphe : « C’est l’été, on bulle, on déambule, on circule, et aussi on bouge, on vélo, on court, on danse. On trouve tout un tas de choses à faire, on peint les volets, on refait le jardin, on découvre des petites rues sympathiques. Certains vont en bateaux, d’autres à pied. Les chiens ne sont plus hargneux, ils jappent de plaisir. Les écureuils gambadent, des oiseaux inconnus s‘aventurent dans les massifs. Soudain, les fleurs décident de se faire belles, elles débordent des gros pots, flamboient de l’aube au couchant, se rient des papillons. L’œil ne sait plus où donner des paupières : on voudrait tout voir jusqu’à en perdre le nord. » que j’aurais sans doute envie qu’il se termine par : « L’œil ne sait plus où donner des paupières : on voudrait tout voir jusqu’à s’enivrer dans le bonheur d’être vivant. »
    me fais oublier toutes mes idées noires et tous les ciels gris de Belgique.

    Certes, il y aura toujours quelque part dans le monde un été qui ne naîtra pas ou plus dans le cœur des hommes et à mon humble avis, c’est la conscience de cette réalité devrait nous amener chaque jour a faire en sorte que le monde devienne un peu mieux chaque jour. Et chacun de nous peut faire quelque chose. Ce sont des millions de petites gouttelettes d’eau qui naissent les rivières. Ne l’oublions jamais.

    Bisous

  5. Malgrè la pluie et le ciel gris de Belgique, tu restes optimiste et positif, ArRi,et c’est ce que je retrouve dans tes photos et textes. Cet optimisme, savoir que quoiqu’il en soit, demain sera là, à vivre et que cela seul, déjà est un miracle.
    Tu as vu, je recommence de te piquer des photos ( Bouh, la vilaine !)

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