Exister, résister

Pour Ariana, en guise d’exemple, comme promis ici

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Fallait pas.

Fallait pas, fallait pas, fallait pas.

Y aller. Y revenir. Le retrouver.

M’avait pourtant prévenue, mon amie-qui-me-connait-bien.

Celle qui sait qui je suis à l’intérieur.

M’avait pourtant bien dit que j’en reviendrais la tête basse et la queue figurativement entre les pattes. M’avait pourtant mise en  garde, l’amie. M’avait rappelé les non-sens et les contre-sens, les injures et les insultes, les dérisoires déraisons, et les pirouettes limites tendances Maupassant, sans parler – parlons-en ! – des goûts et des non-couleurs qui signent le tableau clinique. Mince, me disait-elle, tu ne te souviens plus de qui tu es ? De tout ton toi ? Tu ne te souviens pas comment, chaque fois, tu te retrouves en morceaux, éclatée ? Tu ne te souviens pas, la dernière fois ?

C’était il y a longtemps, lui rétorquais-je alors, pour l’amadouer et m’en sortir, entêtée que je suis quand ça me prend dans mes neurones, de recoller les morceaux, de reconstruire et il faut garder le regard sur la ligne d’arrivée, amen.

Eternelle idiote, je suis de la race des femmes battues, je suis de la race de celles qui en redemandent. Non, pas qui en redemandent : mais qui te absolvo in aeternam. On appelle aussi cela de la générosité, de l’ouverture d’esprit, tout ça : moi je dis que c’est de la connerie.

M’avait donc pratiquement interdit d’y aller, l‘amie-qui-me-connait-comme-ma-poche et plus. Qui, elle, sait ; pas aveugle.

J’y suis allée quand même, en douce. Je lui ai même menti, par lâcheté. Non, par prudence. Parce que je voulais y aller. Même si, quelque part au coin de mon bois je savais d’avance que la multinième rencontre serait, comme les précédentes, vouée à l’échec. Mais je suis  têtue, je l’ai dit et ce n‘est pas une qualité, je sais, je sais.

L’expérience, je voulais la refaire. Encore une fois. Une dernière fois. Là où la machine avait grippé en tant d’autres occasions, je saurais bien aujourd’hui mettre de l’huile, pensais-je.

C’est ainsi qu’on se trompe, ainsi qu’on se met, jusqu’aux omoplates, le doigt dans l’œil. Et ça fait mal, j’en suis témoin.

Fallait pas, fallait pas, fallait pas. Ni accepter d’aider. De quelque façon amadoueuse que ce soit demandé. De quelque façon agréable pouvait-on me le présenter. De quelque façon amicale serait l’approche : se méfier, et ne pas y aller. Fallait pas, fallait pas, fallait pas.

Parce que les gens ne changent pas. Parce que leur scénario est à répétition, du rabâchage sans aucune imagination. Parce qu‘ils ne se renouvellent pas et qu’ils remettent les pieds dans les vieilles traces : ils marchent, front baissé et à pas lourds, comme les bœufs vont à l’abreuvoir, avec la même force tranquille – et il y en a pour croire que c’est un compliment.

~~

Tombée de haut, le bec dans la poussière,  j’ai ramassé les morceaux : surprise que cette fois la peine ne soit pas au rendez-vous ; surprise qu’il y ait colère et dérision, et d’avoir appris quelque chose, d’avoir retrouvé  ce que j’avais perdu, qui m’est ainsi redonné, plein et rond et sans failure : moi.

Ce mot magique, petit, trois lettres, me réconcilie avec tout le reste.

  1. il faut toujours parcourir son « chemin de vie », on fait des erreurs, mais il est aussi ponctué de tellement de réussite 🙂 c’est un joli texte, comme à chaque fois. à bientôt Lise

  2. La force tranquille (sans référence politique) est le privilège de l’âge… et tu me demandais comment se passe le retour… Bien parce que j’ai acquis cette force de savoir qui je suis et ce que j’ai dans le ventre… Je savais qu’en y allant je souffrirai, je ne savais pas si je reviendrai… mais si c’était à refaire je re signe demain ( avec les années en moins qui vont avec parce que c’est épuisant !) Bises et tu peux continuer à me suivre ici : http://nathinyaute.blogspot.fr/
    Je t’ajoute à ma liste de blogs si tu en es d’accord !

    • Nath, un ami (irrité par mon texte ci-dessus) ce matin me demande de l’expliquer, et, après relecture, me voici devant l’impasse. C’est vrai qu’il est ambigué. Et tu as parfaitement raison lorsque tu dis :  » Je savais qu’en y allant je souffrirai, je ne savais pas si je reviendrai… mais si c’était à refaire je re signe demain « 

      Tu as le mot de la fin. Chacun, face à des situations difficiles, réagit avec son identité : certains les rejettent en bloc sans chercher à comprendre et se feront un devoir – et une gloire – de n’y revenir jamais. D’autre, au contraire, y reviennent à satiété pour essayer de comprendre POURQUOI la situation a été difficile, et pour essayer, aussi, de la rendre moins dure dans l’avenir. Ou de recoller les morceaux ( la femme battue, par exemple)

      La différence entre les deux attitudes provient aussi d’un élément autre que la simple personnalité de chacun : si, dans une situation difficile, nous n’avons eu aucun attachmeent émotionnel avec les differents acteurs en situation, il est presque sûr que nous laisserons tomber purement et simplement, et sans regret.

      Si au contraire, dans un quelconque temps de l’expérience, nous avons rencontré amitié ou inimitié, joie ou colère, attachement ou rejet, honnêteté ou injustice, (etc..) nous aurons plus de mal à nous en détacher. Plus fort sera le sentiment, plus souvent nous y retournerons..

      C’est pourquoi je parle des « aimants ».
      ___________
      Je n’avais pas vu cet aspect de la question jusqu’à ce matin, j’espère n’avoir offensé personne par mes propos un peu taillés à l’emporte pièces.

  3. bien sûr, je suis d’accord, et je craignais que tu ais disparu pour toujours – on craint toujours cela quand quelqu’un « quitte » de quelque part…

    Les années qui s’ajoutent en plus apportent aussi quelque chose – mais c’est épuisant, certes, certes. But, that’s it.

    Contente de t’avoir retrouvée.

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