Port d’arme

Une grande ville américaine ; ce pourrait aussi bien être une grande ville française.

Un homme sort d’un magasin ; ici, c’est bien l’Amérique, car il est dix-neuf heures, il fait nuit et en France les magasins sont presque tous fermés à cette heure. Donc, oui, c’est bien l’Amérique, avec certains magasins, ouverts 24/24 et 7/7.

C’est le sud, la Floride, mais ce pourrait être aussi bien New-York, Chicago, Portland, ou Denver.

C’est ce qu’on nommerait en France un mauvais quartier. Un quartier noir. Un quartier pauvre. Un quartier où les voitures font crisser le pneus en démarrant ; ou bien, elles circulent tous phares éteints.

L’homme qui sort du magasin, on ne le distingue pas bien. Il est grand, mince mais avec de larges épaules. On a dit plus tard qu’il pesait 180 livres, soit près de 90 kilos. D’autres se sont récriés : “ Mais non, à peine 140 ! “ Nous n’en saurons rien. On n’en parle plus.

Pas un gringalet, la démarche chaloupée, les épaules qui roulent de ceux qui ont l’habitude de rapper ou de jouer au foot. Il porte un sac dans sa main gauche, et un contenant à liquide en papier style boisson gazeuse ou autre. Autre, nous le saurons plus tard, c’était un thé glacé. Glacé ? On peut se demander pourquoi glacé alors que nous sommes fin fevrier. Mais bon, c’est la Floride, et bien qu’il pleuve il fait tiède.

On ne peut pas voir le visage de l‘homme qui marche sur le trottoir, caché dans le capuchon enfoncé jusqu’aux yeux : il pleut. On peut voir qu‘il a son bras droit replié, il doit téléphoner. On n’entend pas ce qu’il dit.

Derrière lui, un autre homme lui emboite le pas. Il est Mexicain, chicano comme on dit, péjorativement. C’est un watchman, c’est-à-dire une sorte de policier en civil qui veille à la sécurité des quartiers : les watchmen, contrairement à la police, qui est urbaine ou d’état ou fédérale, les watchmen, donc, sont des sortes de gardiens de la paix payés par des groupes privés : ils n’ont pas le port d’arme. Ils n’ont pas le droit d’arrêter ni d’interpeller les gens dans la rue, ni de jouer un rôle revenant à la police. Ils ont eulement le droit d’observer et de contacter la police si quelque chose leur semble suspect. Les watchmen sont en quelque sorte les anges gardiens des cités pauvres mais parfois les anges tournent mal, nous le savons depuis des milliers d’années, certains même se sont révoltés contre l’Etre Suprême et ont voulu faire leur propre police – disons pudiquement qu’ils sont souvent envahis par l’esprit de zèle. C’est un peu ce qui se passe ce soir, dans cette rue, sur ce trottoir.

L’homme qui téléphone à sa petite amie lui dit qu’un homme le suit. Son amie lui conseille de courir se mettre a l’abri, vite. Mais il refuse, alléguant que s’il se met en courir, l’autre peut le prendre en chasse, croire a un délit de fuite s’il est de la police, et courir après lui s’il est un voyou.

C’est exactement ce qui se passe : le watchman appelle la police, explique qu’il suit un “jeune qui a l’air bizarre”. Il n’obéit pas a l’injonction du 911 qui lui conseille de ne pas suivre l’individu, de ne pas chercher a le confronter, de le laisser partir puisque de toute évidence, l’individu ne fait jusque là rien de plus répréhensible que marcher sur un trottoir, le soir.

Alors, que s’est-il passé dans les minutes qui suivent ? On sait que le watchman s’est rapproché de l’homme qui marche, on sait que l’homme qui marche s’est arrêté, s’est retourné, a fait face, a demandé au suiveur ce qu’il lui voulait. Peut être y avait-il un accent de nervosité dans sa question, on n’aime pas être suivi quand on a dix-sept ans et la peau sombre. Le watchman, on ne sait pas s’il a répondu ou non, s’il s’est justifié, s’il y a eu altercation. Plus tard, il dira qu’il était en état de légitime défense, que le jeune – car l’homme encapuchonné n’a que 17 ans, nous le saurons aussi plus tard – l’a frappé, qu’ils ont lutté ensemble.

Un coup de feu est tiré. Un seul, à bout portant, et le jeune s’écroule, la balle en plein cœur. Mort sur le coup.

On croyait que les watchmen n’avaient pas le port d’arme ?

  1. Tout à fait, Ariana, et c’est la surenchère totale.

    Le plus affolant c’est qu’on arrive à ne plus croire ni les uns ni les autres … Pour ma part, je deviens complètement parano et je vois des menteurs et des coups montés partout … au secours !
    Alors que ce n’est certainement qu’une « bavure « … hum hum ???

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