Au Coin de Table

Lorsqu’elle est arrivée dans le Colorado, avec son mari  et son tout nouveau bébé, Carole n’a rien eu de plus pressé que de profiter de tous les avantages de la vie à l’américaine. Bretonne et bonne cuisinière, rude à la tache et imaginative, elle crée dans les deux mois qui suivent un petit restaurant français dans une des villes de l’état plus connu pour son or et ses montagnes que pour ses gourmets. Sa Crêperie devient un succès immédiat à tel point que la queue s’allonge sur le trottoir à l’heure d’ouverture. Deux ans plus tard elle vent le restaurant, part s’installer (toujours avec mari et enfant) dans un autre état, recommence l’expérience des crêpes et ouvre non pas un, mais deux restaurants en six mois. C’était il y a vingt ans, et Carole confesse que ce serait bien plus difficile maintenant. A quoi nous pouvons rétorquer que malgré les apparences, on peut trouver bien des similitudes entre l’Amérique d’aujourd’hui et celle, exsangue, de 1992 après le marasme Bush-le-père. Mais nous ne sommes pas ici pour parler politique ou économie.

Ou plutôt, si, parlons-en : c’est toujours dans les moments les plus économiquement difficiles que l’esprit d’entreprise se développe : quand on n’a plus d’autres ressources que soi même. Surtout lorsque, comme Carole, on s’est installé dans un pays ou il ne s’agit pas d’attendre la manne céleste distribuée aveuglement par un état protecteur : ici, ma cocotte, si tu ne te prends pas toi-même par la main, tu n’auras aucun secours. De personne. J‘insiste : la famille américaine, c’est bien joli mais il ne faut rien attendre des parents, frères et sœurs, tontons et tantines : ils t’aiment, mais ce sera tout : ici, la règle, c‘est “débrouille-toi et prouve de quoi tu es capable“. Le gouvernement ? Les aides sociales ? Laissez-moi rire : comme la fourmi de dix-huit mètres de la chanson de Juliette Greco, ca n’existe pas. Reste la rue pour ceux qui n’ont pas peur du froid. Ou bien se prendre en main et foncer, comme Carole.

Mais revenons en France, où, semble-t-il, l’esprit d’entreprise serait en train de se développer, si j’en crois  l’aventure de ces deux jeunes frêres. A Lyon, se prendre en main et foncer, voici deux verbes qui n’effraient pas Béryl et Orion : laissons leur père nous expliquer de quelle façon ils se sont, eux aussi, lancés dans l’aventure :

Donc Béryl et Orion, deux de mes fils, se sont associés pour reprendre à Lyon 7ème un petit restaurant qui marchait déjà bien et dont on espère depuis qu’il marchera encore mieux. Nous étions conviés à l’inauguration officielle ce samedi 18 février et comme personne ne louperait une occasion de se goinfrer de pizzas gratuites, on a frété une voiture. Tout le monde ne figure pas sur la photo, mais il y avait là le ban et l’arrière ban de la famille, plus leur chérie, des potes à eux et même X… [ … ] Sur la photo, on est dans la salle du bar, mais il y a une grande salle derrière. Les pizzas sont copieuses, variées et peu chères – 8€. Le Côte du Rhône est honnête et y’a même de la Leffe en bouteille, ce qui achève d’en faire une bonne adresse.  [ … ] “

“ Au delà de l’aventure, me dit Carole, je vois l’élan, le courage, et la volonté d’arriver à quelque chose par soi-même. De plus, un restaurant, et tout le monde sait qu’il ne faut pas avoir peur, déjà, ici, pour se lancer dans ce genre d’entreprise.  Ile me plaisent ces jeunes”

Je l’entends qui soupire. Serait-elle de dix ans plus jeune, je la verrai sans surprise se lancer à nouveau dans les menus, installations de cuisine, et aménagement de la salle. Ah le bon temps, lorsque nous allions ensemble, elle et moi, choisir le tissus pour les nappes et les rideaux !

Nous soupirons de concert, sans mot dire : Bravo Béryl et Orion, nous sommes deux, ici à vous envier, veinards : que le dieu des pizzerias soit avec vous.

_____________

Si vous passez à Lyon, vous qui me lisez, et si vous avez un petit creux, n’hésitez pas, allez au  Coin de Tableavenue Jean-Jaurès  et faites vous connaître : les amis des amis de nos amis sont leurs amis.

  1. Ping : L’esprit d’entreprise « Chroniques Américaines

  2. Je ne peux malheureusement pas en dire plus, car avant que j’aille par moi-même goûter les pizzas, il passera de l’eau sous les ponts. Y es-tu retourné ? Si oui, allez, fais nous une petite critique.

    Et les desserts ? il y a des desserts ? ( plus dent sucrée que moi, c’est pas possible … )

    Je pourrais leur envoyer par ton intermediaire des photos de pizzas americaines ?? ( pom pom pom … !!!)

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