Le Mayflower, premier pas vers la liberté,

… croyaient-ils.

Je mets le verbe au masculin intentionnellement, car pour les femmes du XVIIe siècle, de liberté point. En Terre Nouvelle comme en Vieille Europe, en Angleterre comme dans les Pays-Bas comme dans le Massachusetts,  la femme de ce temps-là n’aura que très peu de droits, et une énorme masse de devoirs. Elle ne sera ni battue, ni violée ( sauf par les soudards en cas de guerre). Elle sera protégée par les hommes de sa famille. Finalement, elle ne se sentira pas malheureuse, ni flouée. Simplement, la liberté, qu’elle soit de corps, d’âme ou d’esprit, est un mot qui ne signifie rien pour elle. Il lui faudra attendre encore trois siècles avant de la découvrir.

Elle partira néanmoins, fière de suivre son mari, son père, ses frères dans cette aventure. Sans savoir que sans elle, l’aventure se serait terminée très vite.

Elle embarque donc en septembre 1620 à Plymouth (Angleterre) avec les autres, et l’équipage. Pour retrouver un reflet de ce que fût, peut-être, la traversée, l’arrivée à Cape Code, l’attente pour ces femmes tenues recluses dans le ventre du bateau pendant des mois, la maladie, la folie, le suicide, l’horreur, il faut d’abord comprendre l’exiguïté de ce bateau,  qui oblige à une proximité  de tous les instants. L’attente s’est continuée lorsque le Mayflower a finalement quitté la pointe de la presqu’île, le 21 décembre 1620 au matin, pour traverser la baie et amarrer au large de Plymouth.  La déception aussi :  il leur faudra attendre encore quatre autres mois avant de pouvoir quitter enfin le navire et marcher sur la terre ferme.

Le bateau va à une vitesse d’environ 2 miles à l’heure, et il n’y a que 24 miles qui séparent  Provincetown de Plymouth en traversant en ligne directe par la mer ; alors que, par la route, la distance est de 75 miles. Le Mayflower reste à l’ancre à un mile et demie de la terre. ( environ 3 km)

Les hommes valides descendent à terre grâce à la chaloupe que a été re-assemblée sur la plage de l’actuel Provincetown, le mois précédent ; cette même chaloupe a véhiculé l’équipe de Bradford, longeant la côte jusqu’à l’embouchure de Sagamore lorsqu’ils sont partis en reconnaissance pendant le mois de décembre. Maintenant, ils savent où ils vont. Ce qui sera Plymouth USA va demeurer leur point d’ancrage.

Mais il n’y a rien. Que des bois, des ruisseaux d’eau douce, des collines, des plages de sable fin, d’autres de galets. Et il fait très froid. Les femmes vont encore rester à l’abri dans la coque du bateau . C’est dans ce confinement que va se développer ce que William Bradford, dans son journal, nomme « La Grande Maladie », une épidémie dont nous ne savons rien à part que, entre le 21 dècembre 1620 et le mois d’avril 1621,  près de la moitié des Voyageurs en mourront. Des familles entières seront décimées, parents et enfants.  Seuls, les plus robustes seront sauvés.

Il était comment, ce bateau ? Long d’environ 30 mètres, large de 7,5 mètres, c’est un bâteau-marchand habilité à recevoir des tonneaux de vin. Il avait pris la mer en 1609 sous le commandement du Capitaine Christopher Jones, et ses voyages l’ont amené partout en Europe : Espagne, France, Suède, Allemagne. Il sera démantelé en 1622, dès son retour en Angleterre, deux ans après son plus prestigieux voyage..

Avant leur départ, les voyageurs ont payé le charpentier, qui leur a construit des petites cabines, une par famille. Les plus pauvres se sont contentés de hamacs pour dormir et d’un vague rideau en guise de cloison. Les plus fortunés ont eu des lits superposés, et leur petit espace était cloisonné avec des planches.  Un foyer, un seul, se trouve à l’avant du bateau et les familles s’en servent à tour de rôle pour faire cuire leurs repas.

Et ils mangent quoi ? de la viande et du poisson séchés, des haricots, des fromages. Ils boivent de la bière, tous, enfants inclus – on croyait en ce temps là que l’eau était nocive pour les humains.  Leur nourriture ne se différencie pas tellement de ce qu’ils auraient mangé s’ils étaient restés à terre – n’oublions pas que c’était l’hiver et que les fruits et les légumes frais n’étaient accessibles alors que pendant les mois d’été.  Du début septembre 1620 jusqu’à fin avril 1621, même menu, carence en vitamines, en eau potable.

Il y avait 32 enfants, de 1 ans à 18 ans (1) . De tous les passagers, ils étaient ceux qui s’ennuyaient le moins, car tout le monde s’occupait d’eux, on leur racontait des histoires et ils pouvaient jouer ensemble.  Quand le temps était beau et la mer calme, le Capitaine les laissait monter sur le pont.  Pendant les tempêtes tout le monde devait prendre soin de se tenir loin des poutres et des flancs du bateau, pour éviter les blessures parfois graves.

___

(1) 11 enfants et 36 adultes disparaissent entre  décembre 1620 et avril 1621, tués par la Grande Maladie.

  1. La condition de la femme était peut être différente suivant les coutumes. D »après ce que j’ai vu dans le documentaire télé que j’ai, les péres pèlerins étaient issus d’une classe de croyants d’un genre nouveau qui voulaient réformer l’église. Ils étaient, paraît-il, très tolérants envers les autres et notamment les membres de leur famille avec lesquelles ils entretenaient des relations au caractère sacré (c’est ce que je crois, et non pas que je sais, n’est-ce pas ? ;- )
    Le respect de l’autre était apparemment très important pour eux. Tolérance et respect qui ont fait qu’ils ont accepté d’embarquer sur le May Flower. avec des aventuriers qui n’étaient peut-être pas tous très recommendables…
    En tout cas, je comprends tout à fait ton admiration envers eux, car il fallait être vraiment très courageux pour se lancer dans une telle aventure ! Tu parles aussi de la foi dans un autre article je crois. C’est aussi mon sentiment, que cette grande foi qui devait les habiter les a guidé tout au long de ce périple plein de dangers.

  2. Ils n’étaient soutenus que par leur foi, et la seule chose qui les intéressait, c’était surtout de pouvoir vivre leur foi et pratiquer leur religion, chrétienne, puisque basée sur la Bible, mais avec une dogmatique bien plus stricte que celle des religions chrétiennes existantes en Angleterre en ce temps là. ( je parle là uniquement des premiers arrivants )

    Ils avaient ete persécutés en Angleterre. Ils en sont partis aux environs de 1590 et se sont réfugiés à Leyden, où regnait plus de tolérance. Mais ils ne se sentaient pas chez eux, se savaient en transit. Il leur fallait une terre nouvelle.

    Lorsque le bruit a commencé de courir d’une terre nouvelle et inhabitée ( croyaient-ils) de l’autre coté de l’Océan, ils ont pensé que c’etait leur Terre Promise.

    Le levier de la liberté est toujours très fort au coeur de l’homme. Et puis, quelle superbe aventure ! Mais penser au courage qu’il leur a fallu, à ces 100 hommes et femmes, il y a bientôt 400 ans : c’est cela que j’admire le plus chez eux : leur d♪0termination.

    Cette détermination, je la retrouve encore chez beaucoup d’Américains d’aujourd’hui ( je parle là du PEUPLE, pas des dirigeants 😉 ) et c’est toujours admirable.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s