Le Mayflower – 4

Ceux du Mayflower, oui, je les admire, oui, exactement ! Et non, je n’ai rien contre eux, rien du tout, pourquoi ? Les pèlerins du Mayflower, on nous les montre aujourd’hui comme des arrivistes assoiffés de pouvoir et de richesse ; mais qu’étaient-ils d’autres que des esclaves à la solde des riches « sponsors » anglais qui avaient financé leur voyage ? Et lorsqu’ils se sont installés sur ce qui allait devenir Plymouth – qu’ils prononcèrent à l’anglaise, Plimoth, jusqu’au vingtième siècle – ils n’avaient que le Mayflower comme refuge. Les hommes sont descendus à terre, ils ont laissé femmes et enfants dans le bateau pendant tout l’hiver. Je vais revenir là-dessus : la condition de ces femmes, de ces enfants, a été dramatique et s’est soldée par la maladie, le suicide, la dépression, et la mort de plus de trente personnes en cinq mois.

Les hommes ont d’abord campé de façon très rudimentaire sur l’emplacement du village du chef Massassoit. On doit se demander pourquoi le chef Massassoit avait abandonné le campement. La seule explication que je puisse trouver, c’est que les Wampanoag étaient semi-nomades, et ils entraient à l’intérieur des terres pendant l’hiver, dont ils connaissaient la rigueur, sur cette côte est de l’atlantique.

Quelques mois plus tard, lorsque la tribu Wampanoag  est revenue sur la côte, ils ont trouvé des huttes de bois, des maisons de rondins, construites sur l’emplacement de leur village, et ils ont vu des gens à peau blanche – plus blanche que la leur, car ils sont des blancs, eux aussi. Des gens qui portaient robes longues et culottes bouffantes, des femmes sans cheveux : les Wampanoag ont longtemps cru que les coiffes cachaient les têtes chauves de nouvelles arrivantes. Mais ils ont vu aussi que les enfants, surtout les nouveaux né, étaient semblables aux leurs.

La sagesse, le pacifisme, des indiens Wampanoag se mesure à leur décision de s’installer sur leur terre d’origine, mais un peu plus loin, à un demi kilomètre du campement des étrangers, de l’autre coté de la petite rivière sur les bords de laquelle Jenny Grist, l’année suivante, construira son fameux moulin ; lequel, reconstruit et consolidé, peut être encore visité de nos jours. Les Indiens deviennent ainsi les premiers voisins de nos pionniers.

Pourquoi « fameux », le moulin ? il faut penser que nos premiers émigrés arrivaient avec très peu de ressources. Quelque barils de viande séchée et salée, un ou deux tonneaux de bière ; un peu de lard, un ou deux pains de sucre, du gruau, des pois secs. Ce qui était primordial, c’était la nourriture : et, dans la nourriture, la chose la plus facile à faire, ce qui ne demande que très peu d’ingrédients, c’est le pain. De la farine, un peu de sel, de l’eau et du feu. Il y avait alors une soixantaine de bouches à nourrir,  par jour.

 Un four, c’est facile à réaliser : quelques pierres consolidées d’abord par de la boue – la terre aux environs de Plymouth est argileuse, thanks God ! Le premier bâtiment construit par les immigrants, ce sera donc le four communal. On trouvait du bois en abondance, bizarrement, l’emplacement était déja défriché et le bois entassé à l’orée de la forêt. Nous pouvons aujourd’hui sourire à cette réflexion contenue dans le journal de bord de Bradfort, en janvier 1621 :

  » Nous avons trouvé tout près de la plage, sur la petite colline qui domine la baie, un emplacement déja prêt pour notre campement. Nous y construirons la première rue de notre premier village. »

Ce n’est que quelques mois plus tard qu’il a compris que cet emplacement, « préparé pour recevoir les maisons du premier village américain », il venait tout simplement et sans le savoir de le voler à Massassoit.

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Mayflower 12 3

  1. Ping : Le Mayflower – 3 « Chroniques de l'autre amérique

  2. Un récit très intéressant. J’attends la suite avec impatience, car d’après ce que j’ai vu dans des documentaires, c’est après que cela s’est gâté. Je partage ton avis concernant les motivations profondes de ces personnes qui étaiient habitées d’une grande foi – chose courante à l’époque – pour accomplir ce type de périple,
    Bien amicalement.

  3. Merci pour ton passage, il y a tant à raconter sur ces premières années de l’amérique moderne – enfin.. moderne/vieille de 400 ans presque, lol!
    Et comme toujours, du sublime au terrible, du superbe à l’indigne . Comme partout quand de grandes choses se font et se défont.
    Comme si l’être humain n’etait capable que de détruire et reconstruire et détruire encore. Une espèce de malédiction.

  4. Beau blog culturel ! Et merci pour le message sur le mien !
    La malédiction dont tu parles me rappelle le film 1492 (que j’ai revu à l’occasion de Columbus Day) dont une des citations clés est :
    « Le paradis tout comme l’enfer peuvent être terrestres. Nous les emmenons partout où nous allons ».
    L’histoire de la conquête de l’Amérique est un exemple comme un autre de ce refrain de l’humanité…
    Le film 1492 a une bande originale sublime, que l’on doit à Vangelis, et justement, pour faire le lien avec ton article, au cas où tu ne saches pas, Vangelis a autrefois composé avec Jon Anderson une chanson touchante en hommage aux voyageurs du Mayflower ! A écouter ici :

  5. Merci pour ton passage dans les murs de la Chroniqueuse, et merci pour ce superbe cadeau, de la musique avant toute chose, c’est une des rares choses qui nous restent.

    Il me faudrait revoir 1492. Merci de me l’avoir remis en mémoire. Je mets ton blog en lien ici.

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